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La pire première journée 2/2

Rappelez vous il y a une semaine, votre première journée de travail n’avait pas bien commencé. Vous étiez arrivé tant bien que mal en un seul morceau dans l’ascenseur de l’entreprise, et maintenant que les portes s’ouvrent, vous entrez dans l’arène.

La pire première journée 3Vous arrivez dans une véritable fourmilière. Des gens, partout, marchent et se croisent dans le couloir. Impossible de savoir où vous rendre, vous avez passé votre entretien sur Skype. Le recruteur n’ayant pas donné plus d’informations que la date et l’heure de votre première journée, vous devez maintenant chercher le service auquel vous êtes rattaché. Heureusement, des panneaux sont accrochés sur le mur, avec des flèches directionnelles. Vous identifiez le panneau qui vous concerne et suivez la flèche.

Vous arrivez devant la porte du recruteur. Vous regardez votre smartphone : écran noir. Plus de batterie. Vous frappez à la porte, attendez qu’on vous invite à entrer. La porte s’ouvre, le recruteur vous fait entrer dans son bureau. Il vous regarde de haut en bas et de bas en haut avec un regard circonspect. C’est comme si la précipitation se lisait sur vous (les traces du Latte Grande sont encore fraîches). Il vous montre de son bras massif la chaise sur laquelle vous allez vous asseoir. Le recruteur vous demande sommairement si vous allez bien, et vous devinez qu’il n’attend pas de réponse particulière. Il recherche les sourcils froncés sur son ordinateur un fichier, l’imprime, vous tend votre feuille de route et vous demande de vous présenter sans attendre à votre référent.

En sortant du bureau, vous soufflez. Vous pensiez vous faire gronder tel un enfant de 5 ans face au grand chef. Certes, il n’avait pas l’air particulièrement enjoué, mais c’eut pu être pire. Vous lisez sur votre feuille de route le nom de votre référent. Vous poursuivez le couloir à la recherche du bureau correspondant. Arrivé à la porte, vous esquissez le geste qui vous permettra de frapper à la porte, quand celle-ci s’ouvre précipitamment. Là, vous avez une impression de déjà vu. Ces cheveux, ce visage, cette jupe, cette immense tâche de Latte Grande… Votre souffle est coupé tandis que vous réalisez ce qu’il se passe, tout en entendant dans votre tête, une petite voix qui vous chuchote : « la bouleeeetteee !!!! ».

Les yeux écarquillés de votre référente sont sans appel : elle vous a reconnu (les traces de Latte Grande ne mentent jamais). Les quelques secondes qui passent en silence vous semblent interminables. Finalement, vous prenez un air assez léger et lancez un « bonjour » dans le but de détendre l’atmosphère. Sa réponse froide vous fait comprendre qu’elle n’est pas d’humeur à plaisanter. Vous ajoutez pour vous racheter, qu’elle pourra vous donner la note du pressing. L’entretien se passe sans autre référence à « l’incident ». Elle vous conduit rapidement à votre bureau, vous donne la clé et tourne immédiatement les talons.

Quand vous ouvrez la porte de votre espace, les volets sont tirés, la pièce est poussiéreuse et tout semble à l’abandon. Vous y pénétrez d’un pas feutré, n’osant rien toucher. Alors que vous saisissez le cordon permettant d’ouvrir les volets, quelque chose chatouille votre main. Grâce à la faible lumière du couloir, vous distinguez une tâche noire mouvante qui au fil des secondes ressemble de plus en plus à une énorme araignée. Vous criez en secouant votre main, en espérant ne pas attirer plus encore l’attention sur vous. En guise d’unique réponse, la porte de votre bureau claque, se refermant sur vous.

Ce claquement vous fait sursauter une nouvelle fois. Une sensation de chaleur vous étreint, et votre cœur bat à une vitesse déraisonnable. Vous ne voyez rien autour de vous, vous êtes assis sur quelque chose de moelleux. Vous posez les mains sur votre visage ruisselant et les posez. Vous sentez sous vos doigts le coton des draps de votre lit. Reprenant à peine vos esprits, vous cherchez à tâtons votre téléphone portable : 3h45. Dans un soupir de soulagement, vous vous laissez tomber à la renverse.

Après cette expérience, votre premier jour, finalement, n’était pas si mal !

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