Les expressions de bureau décodées

Le monde professionnel, cet univers si particulier avec ses us et coutumes, ses manières d’être… et ses codes langagiers. Il est difficile pour une personne extérieure d’appréhender ses spécificités. La manière de s’exprimer dans certains bureaux tient souvent plus du charabia ésotérique que d’un langage sensé pour des oreilles néophytes. Il est l’heure d’éclairer leur lanterne.

Expliquons ces expressions venues tout droit d’un autre monde : celui du bureau

« ASAP »

Ça sonne presque comme le nom d’un abonnement de bus destiné aux jeunes de 16 à 20 ans. Mais en fait non. Il s’agit juste de l’abréviation de « as soon as possible »* utilisée par les gens qui n’ont pas le temps de faire des phrases complètes. Des professionnels overbookés quoi.

Utilisation pratique : « Tu peux me sortir le bilan compta asap stp ? Pour la réu’ de tout à l’heure. »

Ce qu’il faut entendre : « J’suis un pro moi. J’ai pas le temps de chercher ce foutu dossier, c’est pas mon boulot. Alors fais-le stp ».

*Aussi vite que possible

« Charrette »

Vous croyiez que j’allais parler des moyens de transport du temps jadis ? Que nenni. « Charrette » est un terme employé essentiellement par les créatifs (comprenez ceux qui ne font que dessiner toute la journée) pour évoquer l’urgence permanente dans laquelle ils travaillent.

Utilisation pratique : « Encore un dossier ? J’peux pas là, j’suis charrette. Me faut un café. »

Ce qu’il faut entendre : « Cherche pas, je travaillerai pas sur ton dossier. J’ai déjà pas assez de temps pour celui-là à force de procrastiner… Me faut un café. »

« Confcall »

Un moyen de se donner un air de businessman travaillant avec des collaborateurs du monde entier. D’avoir la classe quoi ! Alors qu’en fait… bah il fait des conférences téléphoniques. Elle sonne tout de suite moins Silicon Valley, cette expression, une fois traduite.

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TOTALEMENT ce genre de personne.

Utilisation pratique : « On se voit plus tard, j’ai un confcall meeting dans cinq minutes. Je te rappelle asap. »

Ce qu’il faut entendre : « Notre fournisseur du Gers doit m’appeler dans cinq minutes. Ça sonne moins bien qu’un appel en provenance du Japon, alors j’utilise l’anglais pour compenser. »

« Dans la boucle »

Si vous pensiez à une joyeuse ronde effectuée chaque matin par les employés de l’open space, il faudra repasser. Par contre, si vous pensez à l’inclusion d’un contact dans une chaîne de mails, vous avez visé juste.

Utilisation pratique : « Comme tu viens d’arriver sur le projet, je te mets dans la boucle des mails pour que tu puisses prendre le train en route. »

Ce qu’il faut entendre : « Maintenant que tu es dans la boucle, n’oublie pas de participer et de cocher « répondre à tous » quand tu envoies un mail, surtout. »

« N+… »

Rangez votre tableau des éléments tout de suite. Ici, N+ ne signifie pas une quelconque molécule d’azote enrichie, mais votre supérieur hiérarchique. Le +1 est votre chef direct, le +2 le chef de votre chef et ainsi de suite. Un peu comme un arbre généalogique professionnel.

Utilisation pratique : « Stagiaire, ton N+1 veut te voir absolument »

Ce qu’il faut entendre : « La personne à qui tu dois rendre des comptes pour valider tes projets veut te voir. »

« Deadline »

Limite qui, comme son nom l’indique, tue instantanément la personne qui la dépasse, professionnellement parlant bien sûr. En plus de subir le courroux de ses chefs, sa réputation sera salie durant trente générations. Bon, j’abuse peut-être un peu sur la dernière assertion.

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Utilisation pratique : « Faites gaffe les gars, la deadline approche. »

Ce qu’il faut entendre : « Vous devriez vous mettre à travailler, sinon ça ne va pas le faire du tout. »

« Brainstorming »

Réunion durant laquelle une idée doit être trouvée coûte que coûte. Alors, les membres d’une équipe se réunissent et assument cette délicate mission au beau milieu de litres de café et de reliefs de repas livrés. Et s’ils n’apportent pas leurs sacs de couchage ni leur matelas, c’est qu’il leur est interdit de dormir tant que l’idée du siècle n’est pas trouvée.

Utilisation pratique : « Il faut que l’équipe marketing se réunisse pour brainstormer à propos des nouveaux produits de la boîte : pour leur trouver un nom ».

Ce qu’il faut entendre : « On espère que parmi les centaines d’idées qu’ils vont sortir, il y en aura une ou deux qui sortiront du lot ».

« To-Do »

À entendre, ça sonne bien. Comme une serviette toute chaude sortie du sèche-linge dans laquelle s’enrouler après une longue journée et un trajet pluvieux. Si seulement il était question de ça ! Revenez sur terre, on parle ici d’une liste de missions à accomplir, parfois longue comme le bras.

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Utilisation pratique :

« -Et le dossier sur le fournisseur chinois, il est fini ?

– Pas encore, il est dans ma to-do, je m’en occupe aujourd’hui. »

Ce qu’il faut entendre : « Ça fait partie de la looongue liste des choses qu’il me reste à faire, je ne risque pas de l’oublier. »

« Force de proposition »

La base dans toute entreprise est de ne pas rester passif quant au déroulement de sa vie quotidienne. Il est souvent bien vu de chercher et de proposer des pistes d’amélioration concernant une thématique donnée dont vous avez la charge. À coup sûr, le moyen parfait de bien se faire voir par le patron.

Utilisation pratique : *durant l’entretien d’embauche*

« -Citez-moi les trois qualités qui vous correspondent le plus.

– Je suis force de proposition, un bourreau de travail et ponctuel »*

Ce qu’il faut entendre : « Je n’hésiterai pas à faire savoir quand quelque chose ne me plaira pas et que je souhaiterai du changement à ce sujet. »

*Ne dites plus ça en entretien d’embauche

« PJ »

La fameuse pièce-jointe que l’on oublie systématiquement lorsqu’on envoie un mail. Et qui se rappelle à nous une fois le courriel envoyé. Re-lou.

Utilisation pratique : « Avec la PJ, c’est mieux ».

Ce qu’il faut entendre : « J’ai passé tellement de temps à écrire un mail politiquement correct et sans fautes que j’ai zappé l’envoi du document hyper important dont je te parlais. »

Le bonus L4M : « Chrelou »

Subtil mélange entre deux expressions : « relou » et « chelou ». Se dit d’un individu qui réussit l’exploit épique d’allier deux défauts majeurs dans l’espèce humaine : être à la fois extrêmement étrange et carrément pénible. Peut également concerner les objets.

Utilisation pratique : « Ce mec est le plus chrelou que j’ai jamais vu. »

Ce qu’il faut entendre : « Il réussit l’exploit de poser des questions hyper bêtes et totalement hors de propos. Ce type est une perle rare. »

Bien entendu, ces définitions sont inspirées de clichés fréquemment entendus et relayés sur internet. Toutes sont destinées à éclairer la lanterne des néophytes du monde du travail et à leur donner des armes (barré) outils pour pouvoir évoluer sereinement dans ce milieu impitoyable.

Peut-être que d’autres termes vous viennent à l’esprit à la lecture de cet article… N’hésitez pas à les partager en commentaires !

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